Pâtre 15 septembre 2006 à 12h19 | Par Bernard Griffoul

Gaec de Saint-Pierre d´Issis - Des brebis taries passent l´été dans les bois

Dan l´Aveyron, quelque 150 à 300 brebis taries passent un mois et demi dans des bois, progressivement ouverts par les éleveurs afin de favoriser la pousse d´une herbe très utile l´été.

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Imposante et splendide, la table en frêne massif qui trône au beau milieu du bureau du gaec de Saint-Pierre d´Issis, à Camarès, dans l´Aveyron. Et chacun des quatre membres du groupement a pu se faire fabriquer la sienne, nous explique Bernard Bosc, l´un d´entre eux. Des tables qui sont en quelque sorte des produits dérivés du sylvo-pastoralisme qui est pratiqué sur l´exploitation depuis sept ans. Ce grand domaine du sud Aveyron a été racheté par les exploitants en 1998 après l´avoir longtemps fait valoir en fermage : 160 hectares de surface agricole utile mais aussi 70 hectares de bois (chêne pubescent et châtaigniers), restés à l´abandon mais finalement préservés des coupes rases. « On paye de l´impôt foncier et on n´en retire rien. Que peut-on en faire ? », se sont dit les nouveaux propriétaires. D´autant qu´un des éleveurs avait déjà exercé le métier de bûcheron. Premier réflexe : couper tout pour y faire pousser de l´herbe ; un hectare a ainsi été défriché. Puis, sur conseil de techniciens en sylvo-pastoralisme, l´idée s´est peu à peu imposée de « faire des choses plus raisonnées » pour valoriser cette forêt.
Ils se sont vite reconnus dans les objectifs du sylvo-pastoralisme qui consistent à la fois à tirer un revenu de la production de bois et à faire pousser de l´herbe entre les arbres pour nourrir le troupeau pendant la période estivale. La sécheresse d´été n´est pas ici une vue de l´esprit, particulièrement depuis quatre ans où elle démarre dès le printemps. A cette période, les pâtures habituelles peinent à nourrir les 700 brebis laitières qui composent le troupeau. Le Gaec, qui livre son lait à la coopérative Scaro (1 570 hectolitres), produit depuis l´an dernier du lait hors saison afin d´améliorer le prix de vente. Le cheptel est conduit en trois périodes de lutte. La gestion de la pâture est donc assez complexe avec des lots à géométrie variable au fur et mesure de la confirmation des gestations.
©B. Griffoul

Neuf hectares de forêt mis en valeur
Dès 1999, le Gaec a entrepris une éclaircie sélective sur un hectare de bois en respectant le cahier des charges établi en vue d´élaborer un CTE (contrat territorial d´exploitation) sylvo-pastoralisme. Il prévoyait notamment une ouverture des houppiers de 30 %. Une sorte de « jardinage » selon les mots de Myriam Berthomieu, de la chambre d´agriculture. En tout cas à l´opposé des habitudes des exploitants forestiers où la coupe rase est la règle. Et c´est peut-être là un des freins au sylvo-pastoralisme : la quasi impossibilité dans la région de confier cette tâche à un professionnel de la forêt car cette approche n´est pas suffisamment rentable par rapport aux coupes traditionnelles. Les éleveurs se sont donc attelés eux-mêmes à la tâche mais « l´ouverture de la forêt, c´est très lourd », reconnaît Bernard Bosc. L´an dernier, quatre hectares ont fait l´objet d´une éclaircie, ce qui a demandé huit journées à trois rien que pour l´abattage, huit journées à deux pour ranger les rémanents et sept journées à deux de débardage. Tout est effectué avec du matériel agricole. Au total, aujourd´hui, le Gaec a mis en valeur près de neuf hectares de forêt.
« Notre objectif, ce serait d´ouvrir de 30 à 40 hectares car le reste n´est pas de très bonne qualité. Mais, il faudrait intervenir de nouveau sur la première partie qui avait été faite en 1999 », juge Bernard Bosc. Environ soixante hectares de ce massif forestier ont été clôturés comme le prévoyait le cahier des charges, avec deux fils lisses sur piquets fibre de verre (clôture active). La partie ouverte a été divisée en trois parcs de quelques hectares et le reste en parcelles beaucoup plus grandes. Bref, le sylvo-pastoralisme, ce n´est pas simplement mettre des animaux dans un bois - auquel cas au bout de quelques années il n´y a plus rien à faire manger - mais gérer les ressources forestières et herbagères.
De 300 à 800 journées brebis par hectare
Parmi ces ressources, le bois d´éclaircie. Les arbres coupés sont valorisés principalement en bois de chauffage : environ 80 à 100 stères par hectare vendus 30 euros le stère en deux mètres de long. Les bonnes billes sont conservées comme bois d´oeuvre. Le bardage d´une bergerie a été réalisé avec du châtaignier issu de ces coupes. Mais, l´objectif principal reste la production d´herbe. Les deux premières années qui suivent l´ouverture, la ressource alimentaire est surtout constituée de feuillages existants, repousses de ligneux et broussailles. Puis, dès les années suivantes, l´herbe, favorisée par la lumière et le pâturage, prend le dessus. La deuxième année, le Gaec a fait pâturer dans ses bois, pendant 150 jours, une troupe de 85 brebis de réforme pleines pour une production d´agneaux d´automne. Depuis, ce sont des brebis taries, à faibles besoins, qui parcourent ces surfaces pendant le creux d´été, normalement en juillet et août. Mais, vu la sécheresse précoce, ces dernières années, l´herbe qui pousse sous les arbres s´est montrée utile dès le mois de juin.
De 150 à 300 brebis pâturent pendant un mois et demi environ dans les bois. Myriam Berthomieu estime la production d´herbe ainsi valorisée entre 300 et 800 journées brebis par hectare, soit 1 à 1,5 tonne de matière sèche. Et cela sans la moindre charge opérationnelle !
Aujourd´hui, ces surfaces sont parfaitement intégrées au planning de pâturage. Quelles soient pleines ou vides, Bernard Bosc choisit les brebis qui vont passer l´été en plein air intégral dans la forêt en fonction de leur état corporel, estimant « qu´il faut plus que de l´herbe pour retaper des brebis maigres ». Mais, « depuis le début, on n´a pas eu d´années favorables pour vraiment voir le potentiel », fait remarquer Myriam Berthomieu. Il n´y a par exemple jamais eu de production de fruits (glands, châtaignes) qui, à l´automne, peuvent constituer une ressource alimentaire importante. D´anciennes terrasses plantées de châtaigniers, une fois ouvertes, pourraient aussi produire de l´herbe plus tôt au printemps. Bref, le potentiel sylvo-pastoral est loin d´être encore complètement exploité.

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