Pâtre 21 novembre 2001 à 14h16 | Par Julien Diependaele

Ovins - Raïole, à toute épreuve

Ces termes caractérisent à la fois la race Raïole et Claire Somer, la bergère qui, en Cévennes, les garde depuis une douzaine d´années. Rencontre.

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D´abord bergère salariée en Provence et dans les Hautes- Alpes, elle n´hésite pas à s´installer près du Vigan, au cour de la montagne cévenole en 1989.
Retrouver la Raïole
"Je me suis installée ici parce qu´il me semblait possible dans cette région de pratiquer l´élevage comme le font les herbassiers de Provence. Pour les Cévennes, ma zone de pâturage est assez riche et variée : elle offre de la nourriture à pâturer sur l´ensemble de l´année" indique Claire Somer. Cette éleveuse note que la race a commencé à s´abâtardir vers 1972-1973 ; "les maquignons poussaient les éleveurs à abandonner la Raïole ou apportaient des béliers blancs de Lozère, ce qui améliorait la conformation mais éliminait le caractère rustique de la race. Autrefois, les bergers achetaient du tout venant lors de leur installation, puis mettaient un bélier Raïole pour que les brebis ainsi obtenues tiennent le coup en cas de disette" souligne Claire Somer. "Depuis cinq ans, le troupeau est constitué de brebis Raïole : actuellement, on commence à obtenir de jolis béliers et "ça circule mieux". La race se répand".
Trois béliers Raïole ©DR

Trois béliers Raïole
Ils proviennent du centre de jeunes béliers.


Une complète liberté
Autrefois, les animaux étaient élevés en complète liberté avec des troupeaux de 30 à 40 brebis : la sélection ne portait pas sur la conformation mais, à ce régime, elle est devenue championne en ce qui concerne la valorisation des aliments grossiers. En quelques années, la sélection réalisée par l´association a permis d´obtenir "des bêtes mieux charpentées". "La croissance demeure lente mais si les agneaux sont nourris correctement ils évoluent bien" note Claire Somer. "Les brebis, autrefois, étaient soignées au moment où il fallait les soigner. De ce fait, elles supportent toujours assez bien la famine ; de plus, l´agneau tient bon, il ne crève pas même s´il ne reçoit que trois gouttes de lait".
C´est une race de montagne au gigot long mais on élimine maintenant les béliers et les brebis aux épaules trop étroites.
De petites parcelles
Le pâturage itinérant pratiqué par Claire Somer s´effectue sur deux communes : un fermage a pu être obtenu dans le quartier situé au centre de ces surfaces. Reste que 130 propriétaires sont concernés et 50 d´entre eux ont accepté de signer auprès des communes un contrat de pâturage. "Cela me permet de pâturer depuis le vallon jusqu´à la crête mais tout n´est pas réglé et j´ai l´espoir d´obtenir une zone agricole protégée". Reste que si certaines pâtures font 2 à 3 ha, parfois 7, la plupart ont une surface d´un demi-hectare en bois de châtaigniers, landes et prés sous vergers de pommes Reinette. Actuellement pourraient s´y ajouter 20 à 40 ha à débroussailler.
Alimenter : un souci constant
D´octobre à mars, les pâtures de la région sont utilisées. "Je pourrais monter de 220 brebis actuellement à 280 brebis mères, mais on a toujours un moment où plus rien n´est à manger. Il me faudrait récupérer des terres pour produire du foin. Je garde en montagne l´été de juin à septembre et une partie de mon salaire est utilisée pour la provision de foin de luzerne, de luzerne déshydratée.
J´utilise également du "pulp-mix". Il s´agit d´un mélange de luzerne déshydratée, de pulpes de betteraves et d´issues de meunerie que reçoivent les brebis avec des agneaux nés doubles et les jeunes agnelles."
Début juin, le troupeau monte sur l´Aigoual et Claire y garde habituellement un troupeau de 1 700 brebis jusque début septembre, entre 1 100 et 1 300 m d´altitude sur des espaces herbacés. "A la descente, l´agnelage se déroule ici du 15 septembre au 15 octobre au dehors, sur les repousses de prés de fauche, sur les vergers. Je trie les brebis à agneaux doubles qui sont rentrées en bergerie le soir et complémentées. Pour les simples, la qualité du pâturage évite tout surcoût alimentaire" note Claire Somer. En 2001, avec un autre éleveur de Raïoles, Claire va tester une autre direction, celle des alpages de Savoie.
La productivité numérique est de 105-110 % et, sur 175 brebis l´an passé, 30 entrent en rattrapage d´automne. La monte par les béliers débute vers le 20 avril : ils accompagnent les brebis et agnelles durant la garde.
Agneaux : légers ou lourds
"Les agneaux produits à l´automne sont en principe commercialisés auprès du Gebro à Saint Affrique. Leur poids est de 15-20 kilos vif et ils sont destinés au marché espagnol. Les agneaux produits au printemps sont menés jusqu´au poids de 35-40 kilos et sont commercialisés en vente directe. La croissance est assez lente mais les animaux peuvent s´engraisser jusqu´à 50 kilos à 6 mois" estime Claire Somer. "Seul défaut : les bouchers leurs reprochent un gigot assez long comparé à ceux qu´ils achètent auprès des chevillards de Sisteron. Un croisement en F1 avec de la Lacaune viande pourrait rectifier la conformation".
Pâturage itinérant ©DR

Pâturage itinérant
Les brebis s´adaptent à la garde sur de petits prés, puis à l´estive en montagne.

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