Pâtre 28 avril 2016 à 08h00 | Par A. Villette

Loup: l'échec d'une protection sans régulation

L’augmentation constante des attaques de troupeaux a démontré l’échec de la politique de protection stricte du loup. La prise de conscience des élus pourrait faire émerger de nouvelles solutions.

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Trente-quatre loups ont été prélevés en 2015. Une fois n’est pas coutume, le plafond réglementaire est presque atteint, signe peut-être de la volonté des pouvoirs publics d’obtenir des résultats. Faut-il y voir un effet de ces tirs, le nombre de victimes du prédateur a augmenté de 3,5 % « seulement » en 2015 quand cette hausse avait été d’un tiers en 2014. Ce sont malgré tout 9 068 victimes du loup qui ont été indemnisées en 2015 correspondant à 2 473 attaques dans 24 départements. Ces chiffres éloquents et la détresse des éleveurs semblent avoir généré une prise de conscience au-delà du monde agricole où des initiatives pour la défense de l’élevage et du pastoralisme émergent. Ainsi, fin 2014, un collectif de scientifiques publiait une tribune vantant le rôle de l’élevage dans la diversité des écosystèmes pastoraux et dénonçant l’échec de la stratégie de coexistence avec le prédateur. La même année, un groupe de six maires du massif alpin signait au col du Glandon une motion contre l’ensauvagement des territoires et pour une régulation opérationnelle du loup, ratifiée depuis par plus de 300 collectivités. Constituée en association fin 2015, l’Usapr (Union pour la sauvegarde des activités pastorales et rurales) demande la sortie du loup du statut d’espèce strictement protégée, dans la directive habitat et la convention de Berne.

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Lorsque le prédateur est protégé, la proie disparaît

En mars, c’est un groupe d’adhérents Europe Ecologie-Les Verts de la région Paca qui a signé une motion en faveur du pastoralisme. « Lorsque le prédateur est protégé, la proie ne s’adapte pas, elle disparaît, alerte le texte. Ce n’est donc pas aux éleveurs de s’adapter à la prédation, mais au loup de s’adapter à la présence du pastoralisme. » Le texte n’a pas été adopté par le conseil politique régional du parti mais a fait grand bruit chez les écologistes et servira de point de départ à un positionnement plus clair du parti. Si ces initiatives vont dans le sens des éleveurs, pendant ce temps, le loup continue d’étendre son territoire. Des éleveurs de Lorraine ont notamment vu les attaques se multiplier depuis le début de l’année. Ainsi Franck Duval, éleveur de 500 brebis dans les Vosges, a subi 12 attaques et perdu 42 bêtes en deux mois et demi. « Les élus nous disent qu’ils sont à nos côtés mais le cadre réglementaire n’évolue pas. » Les fox-light, nouveau système d’eff arouchement lumineux censé dissuader le prédateur, n’ont pas suffi . L’éleveur organise l’électrifi cation de ses parcelles mais s’interroge. « Même si je passe à une production d‘agneaux de bergerie, mes brebis seront toujours dehors huit mois par an et ça me coûtera 20 euros de marge brute en moins par agneau. Le loup, c’est le coup de grâce pour notre métier. On vit dans un stress permanent, on ne dort plus. » Sans illusions, il espère obtenir un tir de défense, dès qu’ils seront à nouveau autorisés.

Un manque de suivi des loups captifs

En eff et, toutes les opérations de tirs sont suspendues du 1er mars au 30 avril, période de reproduction du loup. De plus, avec un nombre de loups abattus proche du plafond de 36, les prélèvements ont été stoppés fi n décembre pour ne pas risquer de le dépasser. Les organisations professionnelles (FNO, FNSEA, JA et APCA) sont mobilisées afi n d’obtenir des tirs supplémentaires avec fusils à canon rayé pour pouvoir poursuivre les opérations de tirs de défense dans les mêmes conditions et ne pas laisser les éleveurs démunis face aux attaques. Un arrêté permettant d’abattre six loups supplémentaires jusqu’en juin a été soumis à consultation publique. Dans ce contexte déjà tendu, la fuite par effraction de six loups du parc animalier du Gévaudan en Lozère met le feu aux poudres. Cinq individus seraient revenus au parc, seuls ou recapturés… Mais un recensement eff ectué par la DDT de Lozère aurait permis de compter 40 loups… dans un parc censé en détenir 32 ! Comment les loups ont-ils pu s’échapper, et surtout comment se fait-il, quand les éleveurs sont tenus d’identifi er tous leurs animaux, qu’il n’en soit pas de même pour les loups élevés en captivité ? Les syndicats locaux s’interrogent et exigent des réponses.

Retrouvez l'intégralité du dossier dans le Pâtre 634 de mai, et sur notre site internet:

* Bilan de 20 ans de protection sans régulation

* Une nuit avec la brigade loup

* Aux Etats-Unis, supprimer les loups gênants pour stabiliser les attaques

Pour en savoir plus:

* www.leseleveursfaceauloup.fr : le site de la profession sur l’élevage et la prédation
* www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/mission-loup-r1323.html : le site officiel de l’état sur le loup


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