Pâtre 29 août 2007 à 17h58 | Par Bernard Griffoul

GAEC FRESLON DANS LE TARN - Valoriser la ration avec la levure vivante

Le Gaec Freslon a participé à un essai d'utilisation de levure vivante dans l'alimentation des brebis laitières pour mieux valoriser une ration à base de foin. L'effet sur la production de lait semble probant.

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« Notre objectif, c'est de faire du lait en achetant le moins possible », expliquent Jean-Louis et Jérôme Freslon, éleveurs à Labessière-Candeil dans le Tarn. Le Gaec, auquel est également associée Yasmina Khattou, compagne de Jérôme, produit 1300 hl de lait avec un cheptel de 410 brebis à la traite. Hors périodes de sécheresse, l'élevage est parfaitement autonome sur le plan alimentaire. Depuis cinq ans, la ration d'hiver des brebis se compose uniquement de foin ventilé et de céréales produites sur l'exploitation. A quelques périodes clés, les éleveurs font cependant des apports supplémentaires pour mettre tous les atouts de leur côté : flushing lors de la mise à la reproduction, complémentation minérale autour de la mise bas.

 

C'est dans cet esprit-là qu'ils ont accepté également de faire un essai de supplémentation des brebis avec des levures vivantes produites par la société Lallemand sous la dénomination commerciale Levucell SC. « Ce qui nous intéressait dans cet élevage, c'est le fait qu'il cherchait à valoriser ce qui est produit sur l'exploitation, explique Mazzia Marina, responsable technique de la gamme ruminants. Le but de notre essai était d'améliorer l'efficacité alimentaire de cette ration à base de fibres sans changer de régime pour augmenter la production de lait et l'état de santé général des animaux. » Connue depuis longtemps en élevage bovin et porcin, la levure vivante est d'utilisation récente en petits ruminants.

 

Un gain de production de 9 %

 

Cet essai en ferme, qui n'a pas la précision des expérimentations menées avec des instituts techniques pour obtenir l'homologation européenne du produit, permet néanmoins de vérifier son efficacité en conditions d'élevage et de tester la meilleure formulation sur le plan pratique. Il a été conduit en partenariat avec la société Néolait qui formule le produit - Lallemand ne distribue pas directement ses levures - sur support minéral car la dose quotidienne de levure ne dépasse pas 0,2 gramme par brebis. D'autres distributeurs utilisent un support alimentaire. La forme granulés s'est avérée la plus pratique.

 

Qu'en pensent les éleveurs après deux campagnes d'utilisation sur l'ensemble du troupeau ? « C'est difficile de donner des avis sans être jamais sûr car il y a toujours plusieurs paramètres qui entrent en compte », avancent-ils prudemment. Pour ajouter aussitôt être « sûrs de l'appétence » du produit. Le fabricant met en avant un gain de production laitière moyen de 9 % observé dans les différents essais techniques, assurant qu'il est « quasi systématique » et que l'état corporel des brebis n'est pas affecté par cette productivité supérieure. Le gaec Freslon a vu effectivement la production augmenter de façon assez spectaculaire depuis l'utilisation des levures : elle est passée de 240 litres par brebis environ à 315 litres. Sauf qu'au cours de ces deux campagnes, ils ont distribué 500 grammes de luzerne déshydratée par jour car ils manquaient de foin. « Je ne pense pas que la luzerne déshydratée ait pu faire gagner autant de lait, tout au plus 30 à 40 litres », estime cependant Gérard Combes, contrôleur laitier à Confédération de Roquefort. « Si ça marche cette année, ce sera bon », prévoient les éleveurs.

 

Qualité du lait préservée

 

Autre point mis en avant par le fabricant : le maintien des taux malgré l'augmentation de la production, ce qui signifie un meilleur rendement en matière grasse et protéines. Le Gaec Freslon a fait le même constat. Les taux se sont maintenus alors qu'ils étaient déjà très élevés (74,3 TMG, 54,5 TMP,  soit 133,8 de MSU pour la campagne 2006). Ces 10 points de MSU au-dessus du niveau moyen du rayon de Roquefort s'expliquent notamment par le fait que les mise bas ont lieu dès la fin septembre, soit un mois et demi avant le début de la traite au 15 novembre (fin de traite au 20 juillet). Cela permet de mieux valoriser les agneaux à une période favorable.

 

Cette lactation longue à son revers de la médaille : une qualité cellules « pas très bonne », reconnaissent eux-mêmes les éleveurs. La société Lallemand affirme avoir observé dans certains essais une réduction des taux cellulaires du lait qui serait due à une amélioration de l'état de santé des animaux, notamment dans des élevages utilisant des régimes à risque (acidose). Au Gaec Freslon, la qualité cellules s'était améliorée lors de la première campagne d'utilisation de levures (deux tiers de lait en qualité A) pour se détériorer de nouveau lors de la dernière campagne. Difficile donc d'en dire plus.

 

Ce n'est pas un produit miracle

 

La levure vivante a un effet bénéfique sur la production de lait car elle est à l'origine d'un meilleur fonctionnement du rumen et par conséquent d'une meilleure utilisation de l'aliment : le fabricant annonce 5 % d'efficacité alimentaire en plus. Ce qui expliquerait que l'état corporel des brebis ne soit pas affecté car elles ne puisent pas sur leurs réserves pour produire davantage mais valorisent mieux leur nourriture. La souche de levure utilisée pour les ruminants a deux effets sur le métabolisme du rumen. « Elle "booste" la flore cellulolytique et hémicellulolytique pour favoriser la dégradation des fibres », décrypte Mazzia Marina.  C'est cette valorisation d'une ration riche en fibres qui est recherchée dans le cas du gaec Freslon. « Dans les rations riches en sucres rapidement fermentescibles, les levures diminuent le risque d'acidose en stabilisant le pH du rumen », poursuit la représentante de la société Lallemand. Dans ce cas de figure, les levures entrent d'une part en compétition avec les bactéries utilisant les sucres simples pour produire l'acide lactique à l'origine de l'acidose, stimulent d'autre part les bactéries utilisatrices d'acide lactique, contribuant ainsi à réguler le pH.

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