Pâtre 25 octobre 2010 à 13h55 | Par Nathalie Jarrige, Didier Calavas, Emilie Gay, pour l’Anses Lyon

Enquête sur l’utilisation des antibiotiques

A l'heure où l'on s'interroge sur le bon usage des antibiotiques pour limiter le développement des résistances, qu'en est-il de l'utilisation réelle sur le terrain ?

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L'Afssa (nouvellement Anses) a mené une enquête épidémiologique en 2007 sur l’utilisation des antibiotiques en France, auprès de 320 éleveurs d'ovins. Elle n'avait pas pour vocation de quantifier l'utilisation, mais plutôt de définir quels antibiotiques étaient préférentiellement utilisés dans les élevages, pour quels types d’animaux et pour quelles affections. Un questionnaire papier anonyme a été remis en mains propres aux éleveurs. Il comportait des questions générales sur l'élevage, puis les éleveurs étaient interrogés sur les deux derniers traitements antibiotiques qu'ils avaient mis en œuvre sur leurs animaux.

Un total de 279 éleveurs (parmi les 320 interrogés, soit 87 %), répartis sur 66 départements, a accepté de répondre. Il s'agit principalement d'exploitations en production allaitante. Toutes les tailles d'exploitations sont représentées, mais les plus grosses en terme d'effectifs (plus de 400 brebis et agnelles) sont en proportion mieux représentées que les autres. Une très grande majorité des éleveurs interrogés (88 %) ont déclaré avoir utilisé au moins un antibiotique pour leurs ovins dans les douze mois précédents.

 

Pour quelles maladies ?

 

Les motifs de traitement des ovins sont naturellement très variés. Pour des raisons pratiques, ils ont été regroupés en catégories (voir camembert). Les maladies associées à la mamelle (27 %) sont les plus fréquemment évoquées. Concernant les problèmes respiratoires (16 %), il s'agit pour moitié de traitements administrés à des agneaux. Les maladies liées à la reproduction (16 %) regroupent les problèmes d'agnelage (y compris les infections), ou encore les avortements. Les problèmes locomoteurs (arthrite, panaris, boiteries…) et les problèmes cutanés concernent respectivement 13 % et 6 % des traitements. Enfin, seuls 6 % des traitements antibiotiques visent le traitement de maladies digestives, dont près des trois quarts ont été administrés à des agneaux.

Une part importante des éleveurs (les deux tiers) a déclaré avoir recours de manière systématique à un antibiotique dans certaines situations. Ces utilisations systématiques concernent des maladies associées à la mamelle (57 %), à la reproduction (34 %), les problèmes respiratoires (26 %), locomoteurs (22 %), cutanés (20 %) ou encore digestifs (15 %).

Les réponses de l'enquête ont été analysées en considérant, pour chaque famille d'antibiotiques, la proportion de traitements comprenant au moins un antibiotique de cette famille. Il en ressort que deux familles ont été principalement utilisées : les pénicillines (majoritairement la benzylpénicilline) (59,3 %), et les aminosides (streptomycine principalement et néomycine) (49,5 %). Ces deux familles ont été utilisées en association dans près de 46 % des cas, sous la forme de la classique association péni-strepto, dans ses différentes variantes. Les tétracyclines (oxytétracycline majoritairement), le plus souvent utilisées seules, ont aussi été largement employées puisque 30,4 % des traitements contenaient au moins une molécule de cette famille. Elles ont été beaucoup moins fréquemment employées dans les élevages laitiers (13 %) que dans les élevages allaitants (33 %). Dans une moindre mesure, les macrolides (essentiellement spiramycine) et les polypeptides (colistine et bacitracine) ont été cités respectivement dans 8 % et dans 6,2 % des traitements. Le recours aux céphalosporines est resté anecdotique (une utilisation de ceftiofur : 0,3 % des traitements). Il est à noter par ailleurs que les agneaux ont proportionnellement été davantage traités par des polypeptides (11,5 %), des fluoroquinolones (marbofloxacine, danofloxacine : 4,2 %) et des phénicolés (florfénicol : 2,1 %) que les autres catégories d'ovins.

Depuis 2004, des réflexions sont en cours tant au niveau européen qu'international pour définir une liste des antibiotiques dits « critiques ». Il s'agit de prendre en compte à la fois leur utilité en médecine humaine et vétérinaire et le risque de propagation de résistances par le biais de bactéries transmissibles à l'Homme. Les céphalosporines de 3ème génération (céfopérazone, céftiofur…) et 4ème génération (céfquinome), les fluoroquinolones (enrofloxacine, marbofloxacine, danofloxacine…) et les macrolides (érythromycine, spiramycine, tylosine…) sont des familles antibiotiques sur lesquelles il est proposé de porter une attention particulière, tant en terme d'utilisation raisonnée que de surveillance du développement des résistances. Globalement, les résultats laissent à penser que les éleveurs n'ont généralement pas ou peu eu recours en première intention aux céphalosporines de dernière génération et aux fluoroquinolones dont il convient de préserver l'efficacité. En revanche, l'usage des macrolides (essentiellement spiramycine) semble plus répandu et ce pour l'ensemble des catégories de maladies.

 

Beaucoup d’utilisations hors AMM

 

La réglementation autorise les vétérinaires, sous certaines conditions et selon un processus de décision communément appelé « la cascade », à prescrire pour une espèce animale des médicaments n'ayant pas obtenu d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette espèce, ou encore des médicaments ayant obtenu une AMM pour l'espèce mais dans une indication thérapeutique différente. Cette pratique peut être très utile, en particulier pour l'espèce ovine pour laquelle peu d'antibiotiques bénéficient d’une AMM. La cascade présente néanmoins deux difficultés : la mise en place d'une posologie adaptée, et l'application d'un délai d'attente forfaitaire (28 jours pour la viande et 7 jours pour le lait), très pénalisant économiquement. Les résultats de l'enquête ont permis de préciser qu’un traitement sur six (63/388, soit 16,2 %) comportait au moins un antibiotique n'ayant pas d'AMM pour les ovins.

Les 388 traitements antibiotiques recensés dans l’enquête ont ensuite été analysés en comparant la maladie ayant motivé le traitement aux indications des produits utilisés figurant dans l’AMM. Dans 82 % des cas, la concordance entre maladie rapportée par l’éleveur et indications de l’AMM était bonne, mais dans 8 % des cas l’utilisation du produit était hors indications AMM (pour les 10 % restants, il n'a pas été possible de conclure).

Au total, les utilisations hors AMM (pour l’espèce et/ou les indications pathologiques) représentent 22 % des traitements. Il n'est pourtant pas possible, avec les données issues de l'enquête, de savoir si ces utilisations relèvent ou non de l'application de la cascade par le vétérinaire de l’élevage et si les temps d'attente ont été respectés. Cependant, l’enquête a montré que 73 % des traitements ont été administrés sans que les éleveurs aient consulté leur vétérinaire.

La filière ovine est globalement peu consommatrice d'antibiotiques, puisque d'après l'Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), ovins et caprins réunis représentent moins de 1,5 % des tonnages de principes actifs antibiotiques vétérinaires vendus en France en 2008. Les données recueillies par cette enquête montrent que les pratiques (si l'on considère la nature des antibiotiques utilisés) sont globalement bonnes : les familles d’antibiotiques critiques ne sont que peu utilisées. Par contre, le recours systématique aux antibiotiques pour certaines maladies est encore très fréquent, concernant près de 66 % des éleveurs enquêtés. Par ailleurs, il est à noter que les utilisations hors AMM représentent tout de même 22 % des traitements. Ces pratiques sont le reflet du manque de produits disponibles pour l’espèce ovine, ce qui oblige les vétérinaires et les éleveurs à avoir recours à l'utilisation hors AMM qui comporte davantage de risque en termes de résidus et d’antibiorésistance. Il faudrait donc faire porter une attention particulière à ces traitements à la fois en termes de pertinence (est ce que les antibiotiques utilisés sont adaptés à la maladie traitée ?) et de respect du temps d’attente (le temps d’attente « forfaitaire » n’est pas mentionné explicitement dans les notices des médicaments).

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