Pâtre 20 septembre 2004 à 18h00 | Par Julien Diependaele

Elevage ovin - Dans un élevage des Alpes de Haute-Provence, la laparoscopie pour améliorer les résultats

Quand le nombre d´agneaux nés dans le troupeau semble diminuer, la laparoscopie est-elle la solution ? L´élevage Briclot ans les Alpes de Haute-Provence innove en utilisant cette pratique. Suivi de l´opération !

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11 juin 2004, 14 h, à Turriers dans les Alpes de Haute-Provence, La mise en place de la semence de béliers provenant du Centre d´insémination de L´Aigle débute . Ces semences ont accompagné Patrick Pezavant l´inséminateur durant son voyage et sont congelées.
« Nous avons posé les éponges de PMSG 666 le 28 mai et les avons retirées le 9 juin, souligne Ingrid Briclot. Les brebis sont à jeun depuis la veille. Elles ont bénéficié d´un flushing avec de l´herbe, du trèfle et de la luzerne à partir du 15 mai. De plus, elles ont reçu du phosphore dilué dans l´eau sur une semaine et de l´huile de foie de morue durant trois jours ». Bref, elles sont prêtes.

La volonté de réussir la reproduction
L´élevage d´André Maurel et de sa compagne Ingrid Briclot se définit par une double orientation. Tout d´abord, la sélection avec 80 brebis Suffolk, 60 Dorset et 60 Hampshire inscrites à l´Upra, mais aussi la production de viande d´agneaux avec 300 brebis croisées Romanov x mâles Suffolk, Hampshire, Dorset.
« La prolificité atteint 1,8 en année normale, indique Ingrid Briclot, mais en 2003, l´insémination n´a pas été une réussite : en frais, l´an passé sur une partie du troupeau viande, seulement 2 brebis ont été pleines sur 80 inséminées. La semence a été prélevée à Limoges à 5 h du matin et nous est parvenue à 16 h mais la température était élevée. Cette chaleur est certainement à l´origine de notre problème. Sur le troupeau de croisées, la réussite était de 20-25 % en IA. Cette année, nous testons la laparoscopie avec la ferme volonté de réussir la reproduction ».

L´inséminateur s´affaire : dans la bergerie, il a placé le matériel sur une table et les deux chariots mobiles à table inclinable destinés à recevoir les brebis sont prêts. L´un sert à préparer la brebis avant la laparoscopie : fixation des pattes, mise en crucifixion, tonte du champ opératoire, désinfection de la peau avec un antiseptique iodé. La brebis est placée tête en bas mais elle ne souffre pas ; le sang inonde le bulbe rachidien ce qui lui apporte une sensation de confort et l´opération ne dure que deux minutes. Sur l´autre chariot, s´active Patrick Pezavant qui décrit la mise en place du sperme de béliers :
- placement d´un trocard avec insufflation d´air ce qui chasse les intestins et permet de visualiser la corne utérine et la vessie ;
- le trocard pique la corne utérine pour laisser le passage au Transcap, le pistolet d´insémination ;
- la corne utérine étant percée par le pistolet d´insémination (sur le dessus, la partie de la corne non irriguée par le sang), la semence est poussée dans le pistolet et aboutit dans la corne ;
- le trocard est ôté ; on évacue l´air par aspiration ;
- un désinfectant est utilisé en projection sur la peau (bombe Orospray).

Et c´est terminé. « Si j´observe un saignement superficiel sur la peau, je place une agrafe » conclut Patrick Pezavant. Le rythme de passage est de 20-25 brebis à l´heure et des voisins sont venus aider à cette opération laparoscopie ainsi que la stagiaire de l´école de Purpan, Julie Dubarry. Ce jour-là, la semence de sept béliers a été utilisée : un Hampshire, un Dorset et cinq Suffolk de cinq origines différentes classés Elite ou Ambo. La dose de semence coûte 3,8 à, 15 euros selon l´origine des béliers et la mise en place revient à 5,35 euros par brebis.

Remédier aux carences et aux intoxications
La région du col des Sagnes est réputée pour son gypse qui affleure en de nombreux endroits et la couche de terre arable est de faible épaisseur. La sécheresse débute tôt et toute verdure prend très vite en été des allures de paillasson. Mais ce n´est pas le plus grave : ici, le sol est multi-carencé comme l´ont révélé des analyses effectuées l´an passé sur les sols, la laine et le sang des animaux. Ces carences provoquées par un excès de calcium non assimilable portent sur le phosphore, le cuivre, le zinc, le calcium, le magnésium, le fer, le sélénium, le manganèse, le molybdène. Pour couronner le tout, suite à de nombreuses mortalités parmi les nouveau-nés, André et Ingrid ont constaté que l´eau de boisson se trouvait polluée. Elle contenait des bactéries sulfureuses, en l´occurrence des clostridies et des coccidies.
D´où l´investissement dans un adoucisseur d´eau qui élimine les clostridies et dans un traitement de l´eau en continu aux rayons ultra-violets. Dès lors, ces mortalités anormales qui avoisinaient 30 % des naissances ont cessé et deviennent en 2004 inférieures à 10 %.

Une note d´espoir pour André et Ingrid, cette laparoscopie qui « nous permettra d´accroître le potentiel génétique du troupeau par l´utilisation de béliers Elite et Ambo. Par rapport à la semence fraîche, nous pensons améliorer le résultat car la semence sera mieux conservée et l´IA nous apporte aussi des garanties sanitaires. L´objectif de notre élevage demeure la fourniture de béliers et agnelles des trois races Suffolk, Hampshire et Dorset aptes à bien supporter l´altitude et des conditions sèches. »

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