Pâtre 07 décembre 2010 à 11h11 | Par L.Geffroy

Désaisonnement naturel - Berrichon de l'Indre, une race sans artifice

La famille Parry utilise la race Berrichon de l'Indre depuis 30 ans. Une brebis maternelle, docile et qui n'a pas besoin d'éponges : trois qualités appréciées de ces éleveurs du Centre.

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Les mises bas sont faciles car les agneaux sont longs et les brebis ont beaucoup de lait.
Les mises bas sont faciles car les agneaux sont longs et les brebis ont beaucoup de lait. - © L.GEFFROY

Les trois quarts des races ovines désaisonnent grâce aux hormones, alors que la brebis Berrichon de l'Indre désaisonne sans éponges », témoigne Brigitte Parry, de Martizay dans l'Indre. L'éleveuse, qui cultive aussi des céréales, utilise la race depuis son installation il y a une trentaine d'années. Elle a commencé avec 100 brebis et 22 hectares, après une formation à l'école de bergers de Montmorillon, dans la Vienne. C'est une fervente défenseuse de cette brebis qu'elle a découverte lors de son stage. « M'installer à la suite de mon père qui avait des vaches laitières, c'était mieux que de travailler à l'usine de couture comme mes voisines », explique-t-elle.

Depuis 1999, son fils Gwen l'a rejointe dans le Gaec Parry. Il est devenu le chef de l'exploitation et a agrandi la surface qui atteint 180 hectares (dont 34 ha de surfaces fourragères) et a augmenté la troupe ovine à 280 brebis. Gwen a souhaité conserver l'atelier ovin et surtout la race Berrichon de l'Indre, même si elle est peu commune. « Avec une autre race, j'aurai eu forcément moins de brebis à cause de la charge de travail », explique-t-il. Cette brebis de grand format est bonne marcheuse, docile, et se manipule aisément. Ses qualités maternelles sont appréciées de Gwen. « Les mises bas sont faciles car les agneaux sont longs et les brebis ont beaucoup de lait. On n'utilise aucun biberon. Par contre, on réalise beaucoup d'adoptions, ce qui demande d'être présent au bon moment. » Les éleveurs font plusieurs fois le tour de la bergerie la nuit en période d'agnelage afin d'éviter que les brebis ne se volent les agneaux.

L'agnelage principal du Gaec Parry a lieu en automne en bergerie, et le plus petit pour les agnelles en janvier-février. « Avec cette race, on peut faire agneler quand on veut, mais si on ne fait pas de vente directe, comme la conformation des agneaux est moyenne (R2/R3), il vaut mieux commercialiser à une période où il y a peu d'agneaux sur le marché, entre Noël et Pâques », explique Jean-François Renaud, technicien à la chambre d'agriculture de l'Indre. Gwen Parry écoule ses agneaux en Baronet via le GIE Berry-Limousin. Malgré tous ses avantages, la Berrichon de l'Indre ne compte plus que 800 brebis en race pure. L'effectif a décliné lorsque les races bouchères sont arrivées dans le département.

« Les commerciaux trouvaient que les agneaux ressemblaient à des chèvres et n'en voulaient pas, ils nous disaient qu'il fallait faire du gigot », se souvient Brigitte. Ce faible effectif oblige aujourd'hui les six éleveurs professionnels tous situés dans le département — sauf un dans les Landes — à utiliser un plan d'accouplement raisonné avec un logiciel mis au point par l'Institut de l'élevage pour les races à petits effectifs, afin de mieux gérer la reproduction et éviter la consanguinité. Les éleveurs « amateurs » qui ont quelques brebis sont également inclus dans le programme.

La race cherche à recruter de nouveaux éleveurs, même pour de petits troupeaux. « Elle a longtemps été portée par trois éleveurs, se remémore Brigitte. Elle s'est essoufflée mais depuis qu'elle a été reprise par l'organisme de sélection Geode (1) il y a quatre ans, il y a plus de suivi. » Les éleveurs jouent le jeu et déclarent les mâles et les femelles mis en lutte. L'an prochain, une famille supplémentaire portera le nombre à 10, un éleveur de 400 brebis ayant introduit 40 Berrichons de l'Indre dans son troupeau cette année pour produire en contre-saison. Il sera alors plus facile de faire tourner les béliers. Le centre d'élevage est situé sur la ferme de Martizay et il faut noter que tous les béliers qui rentrent sont commercialisés depuis deux ans. Certains éleveurs utilisent la brebis Berrichon de l'Indre en croisement avec des béliers Île-de-France ou autre race bouchère.

Ainsi, le Gaec Parry a récemment vendu 30 agnelles à un éleveur de Vendée qui compte faire du croisement avec du mouton vendéen car il en a assez de poser des éponges, avec des résultats moyens. « La race répond aux exigences d'aujourd'hui, avec des exploitations plus grandes et une main-d'oeuvre plus faible et une intervention moindre sur le troupeau », constate Jean-François Renaud.

Côté alimentation, l'avantage de la race est qu'elle valorise très bien les fourrages grossiers comme la paille. À l'origine, elle était élevée sur la Champagne berrichonne et se nourrissait des sous-produits des cultures. C'est encore le cas à Martizay, puisque les brebis sont nourries avec du foin et de la paille, des céréales et des petits pois produits sur l'exploitation.

Chiffres clés 2009 du Gaec Parry

 
. Effectif moyen : 280 brebis
. Chargement : 1,24 UGB/ha
. Prolificité : 172 %
. Productivité : 159 %
. Charges alimentaires par brebis : 38 euros
. Concentrés par couple mère-agneau : 180 kg
. Prix de vente moyen de l'agneau : 104, 21 euros
. Poids moyen par agneau : 18,7 kg
. Commercialisation via GIE Berry Limousin, en Baronet du Limousin

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