Pâtre 12 mars 2007 à 14h17 | Par Laurence Sagot - Institut de l´Elevage

Acquis techniques - L´alimentation des agneaux est déterminante pour les performances, dès le départ

Si la finition est souvent considérée comme une étape déterminante pour la production d´une carcasse de qualité, le poids de naissance de l´agneau, puis sa croissance sous la mère, restent les facteurs essentiels de réussite. Ces acquis techniques ont été présentés aux Journées techniques ovines*.

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Quantités de concentré consommées, poids de carcasse, conformation et état d´engraissement sont les critères qui ont des répercussions économiques les plus importantes. Rattraper des agneaux mal démarrés s´effectue toujours au détriment des résultats économiques.
Au sevrage, tout est joué ! (ou presque)
En relation directe avec l´alimentation des brebis dans le dernier mois de gestation, le poids de naissance de l´agneau a, pour tous les types génétiques, des répercussions sur ses performances. Un écart de 500 g à la naissance se traduit par une variation de la vitesse de croissance de 10 g/j. L´âge à l´abattage est ainsi réduit ou allongé de 5 j. Ces écarts se réduisent de 50 % pour des poids de naissance supérieurs à 4,5 kg.
D´autre part, un kilo d´écart à la naissance se traduit en moyenne par le même écart de poids de carcasse, quelles que soient les pratiques d´alimentation des agneaux.
Au cours des 2 premiers mois de sa vie, l´alimentation lactée constitue l´essentiel de la ration d´un agneau. Sa vitesse de croissance est alors directement liée aux quantités de lait dont il dispose. Aucun aliment, qu´il s´agisse de fourrage ou de concentré, ne peut compenser totalement un manque de lait. Au final, le résultat économique s´en trouve forcément affecté.
Une comparaison entre des agneaux disposant suffisamment de lait maternel (120 kg au cours de l´allaitement) avec d´autres limités (70 kg) a permis de quantifier la diminution des vitesses de croissance liée à un manque de lait.

Par rapport aux agneaux bien alimentés, le gain moyen quotidien des jeunes sous-alimentés est pénalisé de respectivement 150 g et 60 g par jour pour des agneaux âgés de 5 et 12 semaines.
L´apport de concentré sous la mère permet de réduire ces écarts. Cependant, du fait que les niveaux d´ingestion ne deviennent significatifs qu´à partir de 6 semaines d´âge (300 à 500 g par jour), cette technique ne participe que très peu à rattraper les agneaux mal démarrés. D´autant plus que les plus petits agneaux restent en général de piètres consommateurs. On compte de 15 à 25 kg de concentré par agneau pour des sevrages à 65-75 jours.
L´importance du poids au sevrage des agneaux d´herbe finis en bergerie a maintes fois été démontrée. Un écart de 3 kg entre deux lots se traduit par une majoration des quantités de concentré et fourrage consommées de l´ordre de 30 à 40 %, suite à une durée de finition accrue de deux semaines. Les poids et qualités de carcasse sont identiques.
Les écarts observés sur des agneaux nés et élevés en bergerie sont du même ordre.
Aucun aliment, fourrage ou concentré, ne peut compenser un manque de lait. ©J. Diependaele

Après sevrage, des besoins croissants
Les besoins énergétiques de l´agneau augmentent rapidement avec le poids et varient avec leur potentiel de croissance, lui-même fonction de la race et du poids de naissance principalement. L´apport d´énergie préconisé oscille entre 0,7 et 1,5 UFV par jour. Les besoins en azote sont par contre beaucoup plus stables avec de 100 à 110 g de PDI.
L´agneau ajuste son niveau d´ingestion quotidien en concentré sur le niveau énergétique de l´aliment qu´il consomme. Lorsqu´il dispose à volonté d´un aliment dosant 0,9 UFV, ses niveaux d´ingestion varient de 0,8 à 1,8 kg selon son poids. La réduction de l´énergie quotidienne ingérée se traduit dans tous les cas par une baisse des vitesses de croissance. C´est le cas par exemple pour la technique du rationnement, qui permet une meilleure maîtrise de l´état d´engraissement et une amélioration de la qualité du gras. Une réduction de 17 % de l´énergie apportée quotidiennement se traduit par une diminution de 20 % des vitesses de croissance. La consommation totale en concentré ne s´en trouve toutefois pas affectée. En revanche, pour un même poids de carcasse, l´allongement de la durée de finition est de l´ordre de deux à trois semaines et les quantités de fourrages distribuées sont multipliées par deux ou trois.

La consommation s´accroît avec tout aliment basse énergie
L´utilisation des aliments « basse énergie », avec une densité énergétique inférieure de 0,2 UFV par rapport à celle d´un mélange fermier, poursuit les mêmes objectifs. Dans ce cas, on note + 20 % de concentré consommé. Les agneaux compensent ainsi la moindre densité énergétique de l´aliment. Au final, les vitesses de croissance et qualités de carcasse restent comparables. Les quantités de concentré nécessaires par agneau pour sa finition sont par contre très nettement majorées. Le taux optimum d´azote des aliments pour des agneaux en finition est aujourd´hui bien connu. Qu´il se présente sous forme d´aliment complet ou de mélange fermier, il doit osciller entre 15,5 et 17,5 % de MAT par kg brut. En dessous, les vitesses de croissance et indices de consommation sont pénalisés de l´ordre de 10 à 30 %. Au-dessus, aucune amélioration des performances et qualités de carcasse n´a été mesurée dans les nombreux essais réalisés ces dernières années, y compris avec un mode de distribution rationné des aliments.
Pour ces gestantes, le lait fourni au jeune agneau sera déterminant pour sa croissance. ©J. Diependaele

Aliment complet ou mélange fermier ?
Le choix entre les deux types d´aliment dépend avant tout des matières premières présentes sur l´exploitation (céréales, protéagineux) ou de leur prix d´achat. Sans oublier la nécessité de s´équiper. Généralement, le mélange fermier est le plus économique mais il génère des contraintes de travail supplémentaires : il est plus acidogène et nécessite de maîtriser la finition. Toutes les céréales peuvent être utilisées seules (à l´exception de l´avoine) ou en mélange. L´utilisation de plusieurs céréales apporte souvent des contraintes supplémentaires, sans forcément améliorer les performances et qualités de carcasse. Toutefois, dans des rations à base de blé ou de triticale, l´ajout d´une céréale moins fermentescible peut faciliter la digestion et rassurer l´éleveur.
Enfin, rappelons que broyer, aplatir ou concasser ne servent à rien pour la finition. Au contraire, ce traitement mécanique des céréales et protéagineux favorise des défauts de couleur et de fermeté du gras des carcasses qui peuvent entraîner une dévalorisation.
Dans la plupart des rations, la part du fourrage reste relativement modeste, variant de 15 à 25 % selon le type d´agneau et le mode de distribution du concentré.

Son rôle est donc essentiellement de participer au bon état sanitaire de l´animal et de limiter les défauts des gras de la carcasse. Une légère amélioration de l´indice de consommation en concentré a parfois été mesurée avec des fourrages d´excellente qualité, mais l´intérêt économique est limité. L´appétence du fourrage prévaut sur sa valeur alimentaire.
L´utilisation de foin ou paille n´a que très peu d´influence sur les performances des agneaux, leur indice de consommation et les qualités de carcasse. Avec les fourrages de légumineuses, conservés sous forme de foin ou d´enrubannage, une ingestion préférentielle des feuilles conjuguée à leur bonne valeur azotée permet de réduire les apports en correcteurs azotés. Lorsque ces fourrages sont associés à une céréale seule, les indices de consommation du concentré ne sont pas majorés mais les quantités de fourrages distribuées par agneau sont multipliées par 2 ou 3 par rapport à une ration composée de foin de graminées et de mélange fermier. Conséquence d´une diminution des vitesses de croissance de l´ordre de 25 %, la durée de finition des agneaux est allongée de 2 à 3 semaines, sans détérioration toutefois des qualités de carcasse.

* qui se sont déroulées à Carmejane (04) en novembre dernier.

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