Pâtre 04 février 2014 à 08h00 | Par L.Geffroy

DOSSIER - Le plein d'agneaux avec le gène Booroola

Les progrès de la génomique permettent aujourd'hui de diffuser auprès des éleveurs de mérinos d'Arles un gène d'hyperprolificité, qui pourrait aider à améliorer la productivité en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

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- © lgeffroy

Pour améliorer sa productivité, l’éleveur ovin n’a pas 36 solutions. Il peut jouer sur le taux de mortalité en tentant de sauver le plus d’agneaux possible. Mais c’est ce qu’il fait déjà, en général. Un autre moyen est d’augmenter le taux de prolificité en utilisant une race adéquate. Mais en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, difficile d’emmener la romane, peu docile, en transhumance. Le mérinos d’Arles est la race majoritaire dans la région, pour une bonne raison. Elle est adaptée à son territoire et au pastoralisme grâce à sa capacité de marcheuse.

Il reste une dernière possibilité. Conserver la race mérinos et y introduire un gène majeur d’hyperprolificité. C’est possible puisque l’Inra travaille depuis bientôt 30 ans sur un tel gène, le Booroola, découvert en Australie en 1959 sur la race mérinos et importé en France en 1982, au domaine du Merle (SupAgro Montpellier). Le Booroola suit les règles élémentaires de la génétique. Un mérinos porteur du gène est homozygote (FF) s’il a reçu de ses parents deux copies du gène dans son ADN et hétérozygote (F+), s’il a reçu une seule copie.

Si on peut utiliser des pères homozygotes, il est déconseillé d’utiliser des mères homozygotes. En effet, cela peut conduire aux côtés redoutés de l’hyperprolificité : le manque de lait, des agneaux trop petits et des portées multiples, au-delà des doubles, avec un plus grand risque d’avoir des agneaux malformés. L’agnelage peut alors virer au cauchemar…

Les premières agnelles commercialisées en novembre 2013

Tout cela implique un suivi minutieux du statut génétique des animaux, pour que ne se retrouvent pas disséminés sur le terrain des Booroola homozygotes sans que le propriétaire ne le sache ou ne le souhaite. Pour savoir formellement si un mérinos est porteur du gène, il faut réaliser un génotypage, qui consiste à prélever du sang et l’envoyer dans un laboratoire spécialisé pour analyser l’ADN. Les avancées en génomique permettent un verdict facile, immédiat et moins coûteux (20 euros). Avant, il fallait faire une endoscopie sur les brebis et compter les corps jaunes à trois reprises, pour connaître le taux d’ovulation, avec un résultat définitif à l’âge d’un an minimum.

La diffusion du gène auprès des éleveurs est donc facilitée avec l’arrivée des progrès de la génomique. À la demande de la filière, l’organisme de sélection races ovines du Sud-Est a lancé en 2012 un comité Booroola pour organiser la création et la diffusion des agnelles F+ dans le cadre d’un schéma. Il a commencé à fournir aux volontaires des béliers homozygotes issus du Merle, les femelles FF étant conservées à la station.

Pour l’instant, quatre éleveurs sont entrés dans la démarche en tant que multiplicateurs de F+ et quatre en tant qu’utilisateurs qui croisent les F+ avec des béliers de race bouchère, type Île de France. Les multiplicateurs ont été choisis pour leur rigueur, leur capacité à gérer les lots de lutte, tenir à jour les carnets d’agnelage et effectuer les pesées nécessaires. En échange, ils ont une plus-value à la vente. Les premières agnelles F+ produites dans le cadre du schéma ont ainsi été vendues par le biais des organisations de producteurs en novembre 2013.

Sur le terrain, les différents acteurs semblent satisfaits des premiers résultats. La prolificité est en moyenne de 2,1 chez le Booroola F+ contre 1,2 chez le mérinos classique. Les portées sont en majorité des doubles, l’idéal pour que la brebis élève ses agneaux sans avoir besoin de recourir à l’allaitement artificiel. Les agneaux de boucherie issus du croisement terminal présentent une bonne conformation. À 70 jours, ils ont un production en kilo de viande supérieure de 40 % par rapport à ceux qui n’ont pas le gène. Bien géré, le Booroola pourrait permettre à des éleveurs de s’installer avec moins de brebis, donc moins de foncier, ou éviter de passer à trois agnelages en deux ans.

 

La suite de ce dossier dans Pâtre 611, mars 2014.

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