Pâtre 28 novembre 2014 à 08h00 | Par D. Hardy

Optimiser son temps de travail, ça s'apprend dans les lycées agricoles

L’enseignement agricole intègre de plus en plus les questions liées au travail dans les formations. Six lycées ovins du Nord-Est se sont emparés du sujet pour sensibiliser les jeunes.

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Les éléves apprennent aussi le partage des tâches, le bénévolat et la délégation de l'astreinte.
Les éléves apprennent aussi le partage des tâches, le bénévolat et la délégation de l'astreinte. - © P. Bellay

En élevage ovin, être organisé et efficace n’est pas forcément inné et un apprentissage est souvent nécessaire. Pourtant, cette thématique est souvent abordée superficiellement dans les lycées agricoles. Les responsables des fermes ovines des lycées du réseau Ronea se sont emparés de la question en analysant leurs temps de travaux. Avec les professeurs et les élèves, l’idée est de sensibiliser, à partir de chiffres et d’exemples issus de l’exploitation du lycée, pour ensuite proposer des améliorations en tâchant de prendre en compte la pénibilité du travail et l’emploi.

« Dans la production ovine, ce qui compte c’est d’abord le revenu et ensuite c’est la qualité de vie permise par le travail qui fait la différence » apprécie Fréderic Noizet, éleveur ovin de la Marne et membre du comité d’orientation du RMT travail. « Nous sommes à la croisée des chemins, confirme Jean-Roch Lemoine, éleveur de l’Aube et président du groupe filière ovine de la chambre d’agriculture de Champagne-Ardenne. Nous avons perdu un million de brebis en dix ans en France et la filière manque d’éleveurs. Il faut rendre le métier plus attractif et en parler positivement. La quantité et la qualité du travail sont des points essentiels de la réussite en ovin ». « C’est important d’anticiper la qualité de vie », rappelle Bruno Faucheron, président du comité d’orientation régional élevage de Champagne- Ardenne. « Surtout qu’il existe des solutions pour se libérer du temps, que ce soit par la mécanisation ou l’association ».

L'apprentissage des bons gestes ne peut se faire que par la pratique.
L'apprentissage des bons gestes ne peut se faire que par la pratique. - © P. Bellay

Pour mesurer la quantité de travail, un outil existe: le bilan travail. L’éleveur et un conseiller évaluent le temps passé au travail d’astreinte et à celui de saison. Le temps disponible restant sert pour se former à l’administratif ou aux travaux interstitiels. « Une marge de manoeuvre d’au moins 900 heures de temps disponible par personne et par an est nécessaire pour ne pas courir après le temps » estime Gérard Servière de l’Institut de l’élevage. En observant les 122 bilans travail des fermes ovines des réseaux d’élevage, l’Institut de l’élevage a constaté que le temps disponible est souvent plus faible quand il n’y a qu’une personne sur l’exploitation (830 heures en moyenne contre 1 120 par personne à deux ou 1190 par personne à trois). Une enquête approfondie auprès des 21 exploitations qui ont à la fois du temps disponible (1250 heures en moyenne) et des revenus (46 000 euros d’EBE/UMO en moyenne) indique que les éleveurs ont souvent eu une installation favorable avec une reprise familiale.

Il est important d'avoir de bons exemples dans les lycées pour servir de modèle aux futurs éleveurs, salariés d'élevage ou techniciens ovins.
Il est important d'avoir de bons exemples dans les lycées pour servir de modèle aux futurs éleveurs, salariés d'élevage ou techniciens ovins. - © P. Bellay

La qualité du foncier et de l’organisation parcellaire sont aussi des facteurs importants pour faciliter les allotements, les déplacements des lots, la surveillance du troupeau et l’entretien des parcelles. En toute logique, il y a moins à courir quand il y a eu un remembrement ou des améliorations des terres.

Dans ces élevages avec du revenu et du temps libre, quasiment tous les pâturages sont clos avec des moyens d’abreuvement sur chaque pâture et des clôtures électriques pour refendre les parcelles et mieux exploiter l’herbe. Plus de la moitié des élevages enquêtés possèdent un parc de contention fixe ou mobile. « Cela peut éviter bien des maux au dos ou aux genoux et pourtant ce n’est pas ce qui coûte le plus cher » remarque Gérard Servière qui étudie à la fois les réseaux d’élevages ovins et le travail en élevage.

Prendre en compte ces aspects dès la formation permet de sensibiliser les jeunes avant leur installation ou avant leur vie professionnelle. Une clé pour faire les bons choix à l’avenir.

 

Retrouvez le dossier complet sur l'enseignement du travail dans les lycées dans Pâtre n°619 de décembre

  • - Comment enseigner le travail en élevage ? Le programme des formations vu par les professeurs
  • - Six fermes ovines des lycées qui travaillent ensemble - Le réseau ovin Nord-Est dans l’enseignement agricole (Ronea)
  • - Un équilibre entre pédagogie et efficacité du travail - Le bilan travail du lycée de Saint-Pouange

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