Pâtre 11 avril 2003 à 16h12 | Par Julien Diependaele

Bonnes pratiques en élevage ovin - Quand « l´éleveur s´adapte aux besoins des brebis »

Frédérique et Olivier Turgot, éleveurs de moutons dans l´Orne, ont acquis, année après année, des résultats positifs grâce à leurs choix techniques et à leur adaptation au milieu. Voici leur code des bonnes pratiques.

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Le seul mot d´ordre pour Olivier Turgot, éleveur ovin, semble être de bien suivre les enseignements que lui dicte Dame Nature. Quelques réflexions confortent cet avis : « Il faut avoir plus de regard sur les brebis. Lire ce que veut nous dire la brebis est essentiel ». Pour lui, tout l´art du bon berger peut se résumer dans la préparation et la conduite de l´agnelage. Et sa méthode lui permet d´obtenir de très bons résultats. Cet éleveur basé dans le Parc naturel du Perche (Orne) a d´ailleurs présenté à l´Académie d´agriculture de France un texte montrant que l´élevage ovin est capable d´une évolution maîtrisée et qu´il n´est pas que «  laborieux  ».
©J. Diependaele


A l´herbe avant les naissances
Mieux comprendre un système est possible si l´on connaît les recettes appliquées par l´éleveur. « L´agnelage débute toujours fin mars, affirme Olivier Turgot. Mais les brebis doivent toujours avoir consommé de l´herbe dans le mois qui précède. Le pâturage leur permet de couvrir les besoins azotés en fin de gestation et cela accroît leur production de lait. On le sent, elles ont envie de faire du lait » insiste-t-il.
Les brebis en préparation à l´agnelage reçoivent 100 g de minéraux par semaine et une vaccination (Taxvax 8) dans le mois qui précède, ce qui évite tétanos, gangrène, septicémie, dysenterie des agneaux.
Les brebis sortent chaque jour durant l´agnelage, et " toutes les heures, je vais ramasser les agneaux avec le quad » affirme Olivier Turgot. Les brebis agnelées sont rentrées avec le ou les agneaux, sauf s´il fait bon, si le temps n´est pas trop froid. Les soins immédiats, donnés sur place sont :

- la désinfection du cordon ombilical avec de la teinture d´iode diluée dans l´alcool pour une meilleure application et une bonne répartition du produit ;
- la pose du tip-tag ;
- la surveillance du bon fonctionnement du pis : « Je veille surtout à déboucher les tétines de la mère pour me rendre compte de ce qu´il y a ou pas" ;
- l´utilisation du respirot : ce vaso-dilatateur en gouttes permet d´obtenir une bonne ventilation pulmonaire de l´agneau ;
- le glucose : 10 cc (hypertonique à 30 %) en piqûre sous-cutanée.
Chaque brebis est ensuite placée en bergerie durant 24 à 36 heures avec son agneau : « l´objectif est d´obtenir un lien "super fort" entre la mère et l´agneau ».
« Je ne veux pas maintenir longtemps l´agneau en bergerie ; cela accroît trop les risques de maladie : d´ailleurs j´utilise le coupe-queue lorsque les agneaux sortent, pas dans la bergerie. Cela évite les contaminations. De même, je recherche les délivres pour les retirer de la litière ».

Un retour au pâturage
Après ce bref séjour en case d´agnelage, la brebis retourne au pâturage avec ses petits. « Je regroupe alors les agnelées par 2 ou 3 brebis avec 4 à 6 agneaux, dans un parc isolé » Ces brebis sont ainsi regroupées au démarrage de lactation selon le niveau de vitalité des agneaux : « si l´agneau semble vif ou non, s´il tête des deux côtés, s´il reprend son poids ». Autre point important : l´absence de complémentation : « les brebis ne sont pas nourries au granulé au dehors. De l´herbe suffit : je ne veux pas qu´elles aient le réflexe d´attendre le seau et la nourriture : cela aussi facilite une bonne liaison mère-agneau ».
©J. Diependaele

Mère maternelle : un objectif de sélection
Olivier Turgot recherche donc des mères très maternelles, capables de bien élever l´agneau : « Je les repère dès l´agnelage. Si une agnelle naît et que sa mère est maternelle, « amoureuse » de son agnelle, si elle préfère son agnelle à la rentrée en bergerie ou à un bruit de seau, j´encoche l´oreille de l´agnelle et je choisis mon renouvellement parmi ces agnelles encochées à condition qu´elles pèsent plus de 25 kilos au sevrage à 4 mois ». Ce critère de poids détermine si la brebis est ou non bonne laitière et si, par conséquent, l´agnelle hérite de cette qualité.
©J. Diependaele

Un agnelage court
L´agnelage dure douze jours. Pas plus. En outre, et ceux qui parmi vous réalisent l´agnelage apprécieront ce détail, moins de 5 % des brebis agnèlent entre 23 heures et 6 heures le matin. « J´attribue cela à la sélection sur les qualités maternelles, affirme Olivier Turgot. Un mouton dort la nuit. S´il ne dort pas, s´il s´agite, c´est que quelque chose ne va pas ». A l´herbe, en tout cas, la réussite est spectaculaire.
La mortalité globale à l´agnelage ne dépasse par 10 %, ce qui permet d´obtenir en 2000-2001 une prolificité de 172 %. La productivité numérique calculée sur les brebis mises en lutte est de 148 %. L´agnelage des agnelles (une cinquantaine) débute un mois après soit fin avril. Sans complications. « Je lutte les agnelles après le 1er décembre, durant 17 jours soit la durée d´un cycle. Je place en bergerie deux béliers, un ancien et un jeune : les agnelles n´ont souvent pas assez de sex-appeal pour les béliers qui montent alors, après la lutte des brebis. J´évite les chaleurs avec effet bélier pour bien cycler les agnelles. Ces agnelles deviennent mères à l´âge de 12 mois : aussi, je les surveille de près durant leur lactation ».

Biberon et petits soins
Environ 12 "agneaux biberon" à l´année sont élevés au seau à tétines : ce sont les agneaux triples des brebis ou les doubles des agnelles. Après leur sevrage, ils réintègrent la troupe. « Je choisis de préférence les mâles pour le biberon ; leur croissance est rapide et ils sont moins sujets au dépôt de gras ». Autre précaution : toutes les agnelles sont tondues en mars avant l´agnelage. « Elles y voient plus clair pour se préparer à l´agnelage" indique Olivier Turgot. En d´autres termes, elles se rendent mieux compte de leur état de futures mères. Avant leur sortie à l´herbe, si ce n´est déjà fait, leurs queues sont coupées : « ainsi, la queue cicatrise à l´extérieur, en prairies, pas dans la case, ni dans la bergerie ce qui évite les infections ! »
©J. Diependaele

Vaccins, traitements : prévenir
La conduite des animaux à l´herbe durant la majeure partie de l´année amène Olivier Turgot à assurer une bonne prévention des ennuis respiratoires, digestifs. « Je vaccine à un mois et à deux mois au Tasvax (charbon, septicémie, entérotoxémie). En effet, durant le premier mois qui suit la naissance l´agneau absorbe le colostrum et est protégé par les anticorps produits après la vaccination des mères ». Contre les strongles, le taenia, le premier traitement est pratiqué à l´âge de 6 semaines, avec Cydectine et Cestocur. Un mois après suit un traitement à l´Ivermectine puis à nouveau, après un mois, un traitement actif contre les strongles et le taenia : cela jusqu´en septembre.

Pour les brebis, on note un traitement anti-strongles (Oramec) un mois avant l´agnelage, puis un traitement à l´Hapadex lors de la tonte (20 mai) ainsi qu´un traitement à l´Oramec un mois avant la lutte. « Le drainage de la plus grande partie des parcelles fait que la douve a disparu ». Brebis et agneaux sont traités contre la gale au Blotic par un pulvérisateur haute pression en août.
Tous les agneaux sont tondus toujours durant la première quinzaine de juillet : « parfois certaines nuits sont froides ce qui entraîne des problèmes respiratoires. Cette tonte représente une véritable opération sanitaire ! » souligne Olivier Turgot. Le pédiluve est utilisé tous les quinze jours : « durant 10 minutes, les brebis baignent leurs sabots dans une solution de sulfate de zinc et c´est réellement 10 minutes contrôlées par un minuteur. Je les traite toujours ainsi, surtout si elles ne boitent pas ».

Herbe et foin : la race s´y prête
La pluviométrie est de 750 mm à l´année : la pousse de l´herbe est précoce et forte au printemps mais ensuite sur les sables et les argiles à silex, l´herbe grille. « Je récolte les foins après le 15 juin, après que les brebis aient réalisé un déprimage de toutes les surfaces. Ensuite les brebis pâturent sur tous les parcs en juin-juillet et sont taries au 1er août. Lorsque l´herbe est abondante en été, je réduis volontairement leur consommation ; j´obtiens ainsi un flushing naturel quand revient la pousse d´automne. Ce système où les brebis utilisent leurs réserves graisseuses convient très bien aux possibilités de la race Hampshire ». Cette démarche de conduite extensive des prairies se concrétise par un CTE individuel. « Le CTE correspond à une gestion extensive des prairies : le chargement de l´exploitation est inférieur à un UGB ».
©J. Diependaele

L´agneau : un produit du terroir
Cet agneau Hampshire produit entièrement à l´herbe est désormais reconnu « Orne Terroirs » par Synagro, le comité agro-alimentaire de l´Orne en relation avec le comité de liaison des consommateurs de l´Orne. Sous cette étiquette « Orne Terroirs » se rassemblent des produits issus d´une matière première agricole ornaise (lait, viandes, fruits), de production fermière artisanale respectant le bien-être des animaux, le suivi de l´environnement et remarquables par leur goût. « Je commercialise les agneaux auprès des clients qui me les commandent par le catalogue Orne Terroirs Normandie ou auprès de restaurateurs » indique Olivier Turgot. Il s´agit d´agneaux entiers découpés ou en carcasse, de 13 à 19 kg au prix de 9 euros au kilo pour la découpe et de 7 euros au kilo pour la carcasse, livrés à domicile.
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Les agneaux sont livrés dans une camionnette spécialement aménagée (coût : 55 000 F dont 27 000 F pour le compresseur générant le froid), pour partie financée par le CTE. Cette démarche qualité s´ajoute à la livraison de 10 agneaux par semaine de septembre à décembre à un boucher. Les brebis de réforme sont commercialisées en vif sur les marchés locaux après finition à l´herbe (en période de référence de la PCO). Leur âge moyen à la vente est de sept ans : « Les brebis reproduisent tant qu´elles ont des dents et un pis fonctionnel ». Ce pragmatisme d´Olivier Turgot révèle qu´en définitive, c´est toujours l´animal qui décide.



Nota: L´expérience et l´exploitation de Frédérique et Olivier Turgot ont fait l´objet du dossier de Réussir Pâtre du mois de Février 2003 (nº501).

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